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"Que Dieu nous prenne en grâce et nous bénisse, que son visage s'illumine pour nous ; et ton chemin sera connu sur la terre, ton salut, parmi toutes les nations. Que les peuples, Dieu, te rendent grâce ; qu'ils te rendent grâce tous ensemble !" (Psaume 67)

mardi 31 janvier 2017

La prière sauvera le monde - part. 3

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par l'Archimandrite Sophrony



Partie III


Notre unique impératif consiste à préserver ce lien d’amour avec Dieu. Nous ne nous soucierons pas de ce que les gens pensent de nous ou de la manière dont ils nous traitent. Nous ne craindrons plus de tomber en disgrâce. Nous aimerons notre prochain sans nous demander s’il nous aime ou non. 
Le Christ nous a donné le commandement d’aimer les autres, mais il n’a pas posé comme condition de notre salut que, de leur côté, ils doivent, eux aussi, nous aimer. En fait, il se peut, au contraire, que nous soyons littéralement mal considérés pour notre indépendance d’esprit. De nos jours, il est essentiel pour nous de pouvoir nous protéger de l’influence de ceux avec lesquels nous entrons en contact, autrement nous risquons de perdre et la foi et la prière. 

Que le monde entier nous juge indignes d’attention, de confiance ou de respect, cela n’aura aucune importance si le Seigneur, Lui, nous accepte. Le contraire est vrai aussi : que le monde entier pense du bien de nous et chante nos louanges ne nous sera d’aucun profit, si le Seigneur refuse de demeurer en nous. Cela n’est qu’une parcelle de la liberté dont parle le Christ quand il dit : «vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous libérera » (Jn 8,32).

Notre unique soin sera de persévérer dans la parole du Christ, de devenir ses disciples et de cesser d’être esclaves du péché, car « quiconque commet le péché est esclave du péché. Et l’esclave ne demeure pas à jamais dans la maison, mais le fils y demeure à jamais. Si donc le Fils vous libère, vous serez réellement libres » (Jn 8, 34-36). L’ultime aboutissement de la prière et de faire de nous des fils de Dieu, et, comme fils, nous demeureront à jamais dans la maison de notre Père. 
« Notre Père qui es aux cieux…»

La vraie prière, bien sûr, ne vient pas facilement. Ce n’est pas chose aisée que de garder l’inspiration lorsqu’on est entourés par les eaux glacées d’un monde qui ne prie point. Le Christ est venu jeter le Feu divin sur terre, et ainsi nous le prions d’enflammer nos cœurs afin que nous ne soyons pas vaincus même par le froid cosmique, que nulle sombre nuée ne vienne étouffer cette flamme lumineuse.

De toutes les approches de Dieu, la prière est le meilleur et, à vrai dire, l’unique moyen. Dans l’acte de la prière, l’esprit humain trouve sa plus noble expression. L’état mental du savant engagé dans la recherche scientifique, de l’artiste créant une œuvre d’art, du penseur entièrement absorbé par la philosophie – même du théologien professionnel exposant sa doctrine – ne peut être comparé avec celui de l’homme de prière qui se tient face à Face devant le Dieu Vivant. N’importe quelle activité mentale nécessite une tension bien moindre que celle de la prière. Nous pouvons être capable de travailler 10 à 12 heures d’affilée, mais quelques instants de prière, et déjà nous sommes épuisés.

La prière peut accomplir toutes choses. Il est possible pour n’importe lequel d’entre nous, même dépourvu de talents naturels, d’obtenir par la prière des dons surnaturels. Quand nous rencontrons en nous un manque de savoir rationnel, nous serions bien avisés de nous souvenir que la prière,  indépendamment de toute capacité intellectuelle et humaine, peut apporter une forme supérieure de connaissance. Il y a le domaine de la conscience réflexive et de la pensée discursive, mais il y a aussi celui où la prière est la voie vers la contemplation directe de la Vérité divine.

ARCHIMANDRITE SOPHRONY, Sa vie et la mienne, Paris, Cerf, 2012, 58s.


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La prière sauvera le monde - part. 2

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par l'Archimandrite Sophrony



Partie II

Il est normal pour nous, chrétiens, d’être conscients à la fois de la présence de l’indéfectible gloire céleste et du lourd nuage de mort qui plane sur le monde. Bien que le sentiment de la mort tourmente l’âme, il ne peut éteindre le feu de la foi. La prière qui sourd en nous, nous place à la frontière de deux mondes : ce monde passager et celui à venir (c.f He 13,14). 

Ce déchirement pénible nous oblige à prier d’une manière encore plus fervente. Nous reconnaissons notre maladie – le pouvoir mortel du péché agissant en nous – et nous sollicitons l’aide du Médecin. Alors Celui qui nous a dit qu’Il « n’était pas venu appelé les justes mais les pécheurs à la repentance », ajoutant que « ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin de médecin, mais les malades » (Mt 9, 12-13), répond vraiment à notre appel. Il guérit notre âme de tout mal, lui donnant une énergie nouvelle, l’illuminant d’une lumière immortelle.

L’expérience séculaire de la vie dans l’Eglise a prouvé d’une manière irréfutable que pour la prière – c’est-à-dire pour Dieu – aucune maladie de l’esprit n’est incurable. Nous pouvons naître dans les circonstances les plus défavorables ; nous pouvons grandir dans un milieu d’ignorance, de dureté et même de crime, et nous sentir attirés par l’atmosphère ambiante ; nous pouvons subir toutes sortes de privations, de pertes, de torts ; nous pouvons être infirmes depuis notre naissance et savoir ce que c’est que d’être méprisé, blessé, rejeté ; tout ce qui est fâcheux dans le monde actuel peut nous marquer et même nous posséder, mais à partir du moment où nous nous tournons vers Dieu, résolus à suivre ses commandements, un processus de guérison totale d’engage. Et nous guérissons non seulement de nos blessures ou de nos passions, mais notre apparence extérieure même peut se modifier. 

Ceci se produisit souvent sur la Sainte Montagne [le Mont Athos]. Certains arrivaient brisés et réduits à un état pitoyable par de nombreuses années de vie dissolue, pourtant après une brève période de profond repentir, leur visage devenait beau à voir, leur voix changeait, leurs mouvements étaient différents  et, lumineux, l’Esprit brillait en eux.

Si l’un de mes lecteurs souffre de quelque blessure psychologique [ou spirituelle] occasionnée par les échecs de la vie, qu’il sache bien qu’il peut obtenir une liberté royale de l’esprit et changer radicalement toute sa vie, s’il se tourne vers Dieu chaque jour pour lui adresser une prière personnelle, comme celle-ci par exemple :


Dieu Eternel et Créateur de toutes choses,
Toi qui dans Ton insondable bonté,
m’as appelé du non-être à cette vie,
qui m’as accordé la grâce du baptême
et de la nouvelle naissance d’En-Haut,
qui as apposé le sceau du Saint-Esprit
sur les membres de mon corps
dans le sacrement de la chrismation,
et qui m’as donné le désir de Te chercher,
O Toi le seul vrai Dieu, écoute ma prière [...]


Prier ainsi tous les matins n’est certes pas choses facile, mais si nous le faisons de tout notre cœur, avec toute notre attention, la journée sera marquée par notre prière, et tout ce qui arrivera revêtira un caractère différent. La bénédiction que nous avons implorée du Dieu Très-Haut engendrera dans nos âmes une douce paix qui aura un effet miraculeux sur notre manière et d’interpréter notre monde.

L’homme de prière voit tout ce qui l’entoure sous un jour différent. L’intérêt est stimulé, et la qualité intrinsèque de la vie rehaussée. Avec le temps, la prière pénétrera notre nature jusqu’à ce que progressivement un homme nouveau naisse de Dieu. L’amour que nous éprouvons pour Dieu, qui, en vérité, nous envoie sa bénédiction, libère l’âme des pressions extérieures.

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ARCHIMANDRITE SOPHRONY, Sa vie et la mienne, Paris, Cerf, 2012, 58s.

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La prière sauvera le monde - part. 1

par l'Archimandrite Sophrony



Partie I

Le Seigneur a dit : « Pour toi, quand tu pries, retires-toi dans ta chambre, ferme sur toi la prote, et prie ton Père qui est là, dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra » (Mt 6,6). La vraie prière s’effectue dans notre for intérieur que nous apprenons à cacher aux observateurs extérieurs.

Si maintenant je me permets d’aborder ce domaine, sacré pour chacun de nous, je le fais, poussé que je suis par la tragique atmosphère de tension qui règne dans le monde et aussi par ma conviction qu’en Christ nous sommes liés les uns aux autres. 
Partageons donc en frères véritables ce qu’il nous a été donné de connaître par un don du Ciel. (Je vous demande de prier en lisant, comme je prie Dieu de m’inspirer des paroles qui Lui plaisent.

Nous sommes précipités dans un monde de réalités dont nous ne soupçonnions pas auparavant l’existence. Autrefois, quand la vie de la majorité des hommes s’écoulait dans les larges artères de la tradition établie, la parole du Christ était présentée de manière à ne pas déranger.

Mais maintenant que la terre tout entière est lourde du désespoir de l’homme, de la révolte des consciences outragées, de la violence qui menace d’éteindre toute vie, il est nécessaire que nous fassions entendre nos voix. Dans les périls actuels, les paroles de circonstance qui n’engagent à rien sont insuffisantes. 

Nous avons tous besoin aujourd’hui d’une foi ferme dans la victoire éternelle du Christ afin que, nous aussi, nous puissions devenir spirituellement invincibles. Pour beaucoup cela dépend de nous-même : de nous souvenir, par exemple, que sur les fonts baptismaux, nous avons reçu une nouvelle naissance d’En haut, au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. Ceux qui sont baptisés « dans le Saint Esprit et le feu » (Lc 3,16) perçoivent dans leur prière que chaque instant de notre vie baigne dans l’étenité divine. 
En tous temps et en tous lieux, nous sommes portés par l’invisible Main de notre Père céleste.


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ARCHIMANDRITE SOPHRONY, Sa vie et la mienne, Paris, Cerf, 2012, 58s.

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vendredi 27 janvier 2017

Prière de l’aurore

de l'Archimandrite Sophrony


Dieu Eternel et Créateur de toutes choses,
Toi qui dans Ton insondable bonté,
m’as appelé du non-être à cette vie,
qui m’as accordé la grâce du baptême
et de la nouvelle naissance d’En-Haut,
qui as apposé le sceau du Saint-Esprit
sur les membres de mon corps
dans le sacrement de la chrismation,
et qui m’as donné le désir de Te chercher,
O Toi le seul vrai Dieu, écoute ma prière.

Je n’ai de vie, de lumière, de joie,
de sagesse ou de force qu’en Toi seul, Ô Dieu,
Je n’ose lever les yeux vers Toi à cause de mon iniquité.
Mais Tu as dis à tes disciples:  
« Tout ce que vous demanderez avec foi dans la prière, vous le recevrez »,
et encore :  « Tout ce que vous me demanderez en mon Nom Je le ferai ».
C’est pourquoi j’ose T’invoquer.
Purifie-moi de toute souillure
de la chair et de l’esprit,
et apprends-moi comment Te prier.

Bénis ce jour que Tu m’accordes,
à moi Ton indigne serviteur.
Par la puissance de Ta bénédiction,
rends-moi capable, en tout temps et en tout lieu,
de parler et d’agir pour Ta gloire avec un esprit pur,
avec humilité patience et amour,
avec douceur paix courage et sagesse,
et d’être toujours conscient de Ta présence.

Dans Ton immense bonté, Seigneur,
montre-moi le chemin de Ta volonté,
et accorde moi de marcher sans pêché sous Ton regard.
Seigneur Toi qui sondes les coeurs,
Tu sais ce dont j’ai besoin.
Tu connais mon aveuglement et mon ignorance,
Tu vois mon infidélité et mon égarement ;
mais Tu connais aussi mon désir, les douleurs de mon coeur,
et les souffrance des mon âme.
C’est pourquoi, je T’en supplie, écoute ma prière,
et par Ton Saint-Esprit enseigne-moi la voie
sur laquelle je dois marcher.
Et quand ma volonté perverse
me conduira sur d’autres chemins,
ne me ménage pas Seigneur,
mais ramène-moi de force sur la voie de Ta Sainteté.

Par la puissance de Ton amour,
accorde-moi de m’attacher au bien.
Garde-moi de toute parole et de toute action
qui donne la mort à mon âme,
et de tout mouvement qui pourrait T’offenser
ou blesser mon frère.
Enseigne-moi ce que je dois dire
et comment je dois parler.
Et si ta volonté est que je me taise,
inspire de garder le silence dans un esprit de paix
qui ne cause ni affliction ni tort à mon prochain.
Affermis-moi sur la voie de tes commandements,
et jusqu’au dernier souffle, ne permets pas que je m’écarte
de la lumière de Tes ordonnances,
afin que Tes commandements deviennent l’unique loi de mon être
tant ici bas que dans la vie éternelle.

Oui Seigneur, je T’implore aie pitié de moi.
Epargne-moi dans mon affliction et dans ma détresse
et ne me cache pas le chemin du salut.
Nombreuses et grandes sont mes demandes Seigneur,
et pourtant je n’oublie pas la laideur de mon pêché.
Prends pitié de moi
Ne me rejette pas loin de Ta face à cause de mon audace,
mais augmente plutôt en moi cette audace,
et donne-moi, à moi le pire des hommes,
de T’aimer comme Tu l’as commandé:
de tout mon coeur,
de toute mon âme,
de toute mon intelligence,
de toute ma force,
et de tout mon être.

Oui, Seigneur, par Ton Saint-Esprit,
apprends-moi la bonté, la rectitude de la vie et la connaissance ;
donne-moi de connaître Ta vérité
avant que je ne descende dans la tombe.
Prolonge ma vie dans ce monde
jusqu’à ce que je T’offre un vrai repentir.
Ne m’arrache pas au milieu de mes jours,
ni aussi longtemps que mon esprit restera  encore aveugle.
Et quand il Te plaira de mettre un terme à ma vie,
préviens-moi de l’heure de ma mort
pour que je puisse préparer mon âme à Te rencontrer.
En cette heure redoutable, sois avec moi, Seigneur,
et accorde-moi la joie de ton salut.
Purifie-moi de mes fautes cachées
et de toute iniquité dissimulée en moi,
et donne-moi une bonne réponse
devant Ton redoutable tribunal.

Oui Seigneur, dans Ta grande miséricorde
et ton immense amour des hommes,
exauce ma prière.
Amen

ARCHIMANDRITE SOPHRONY, Sa vie est la mienne, Paris, Cerf, 2012, p. 61-63.



Sergueï Semionovitch Sakharov (Archimandrite Sophrony), voit le jour à Moscou le 23 septembre 1896. Depuis enfant il a la foi et prie quotidiennement. Encore enfant il fit une expérience spirituelle forte qui le marqua pour le reste de sa vie. Il étudia les arts, la peinture, l'architecture. Durant ses études il s'éloigna du christianisme et se mit à considérer la foi comme une dimension psychologique et sentimentale. Il se tourna alors vers les religions de l'Inde. 
En 1921 il quitta la Russie pour poursuivre sa carrière artistique à Paris. Il se rapproche à alors de l'Eglise et prend conscience que la foi n'est pas psychologique, mais que c'est une relation personnelle avec Dieu qui se fait connaître comme une personne "JE SUIS celui qui suis" (Ex 3,14)
La veille de Pâques, après la communion, Dieu se révèle à lui dans la Lumière incréée. Il se mit à étudier la théologie à l'Institut orthodoxe Saint Serge de Paris qui venait d'ouvrir ses portes.
En 1925, il quitta Paris pour devenir moine au Mont Athos. Et fut le fils spirituel de celui qui deviendra Saint Silouane l'Athonite. Il quitte alors le monastère pour vivre dans un ermitage.
Dans les années 50, il quitte le Mont Athos et revient à Paris où il écrit une biographie de Saint Silouane. Sans le père Sophrony, ce grand personnage que fut St Silouane serait resté inconnu.
En 1958, il fonde en Angleterre un monastère renommé aujourd'hui. Pour pouvoir y enterrer ses morts, le monastère avait besoin d'une crypte. Le père Sophrony annonça qu'il ne mourrait pas tant que la crypte ne serait pas terminée. Il annonça aussi que peu après sa mort, la plus ancienne nonne du monastère le suivrait. 
La fin travaux était prévue pour le 12 juillet 1993, le père Sophrony décéda le 11 juillet et fut enterré le 14. Mère Elisabeth décéda le 24 selon ce qu'il avait annoncé.
Le père Sophrony fut le père spirituel de beaucoup d'orthodoxes et continue d'inspirer les croyants de toutes confessions.

mercredi 18 janvier 2017

"Vous êtes la lumière du monde" (Mt 5,14)

par saint Jean Chrysostome 


Les hommes qui exercent des charges temporelles et qui souvent portent sur leur habit la marque des images impériales, sont respectables de ce fait aux yeux de tous ; ils n'accepteraient pas de faire une chose qui serait indigne du vêtement qui porte ces marques royales. 
A plus forte raison est-il juste que ceux qui ont le Christ, non pas représenté sur un vêtement, mais à demeure dans leur âme, et avec le Christ son Père et la présence de l'Esprit Saint, fasse preuve d'une ferme assurance et montrent à tous, par l'exactitude de leur conduite et la surveillance de leur vie, qu'ils portent l'image royale.

C'est pour cette raison que le Christ a dit: "Que votre lumière brille devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes oeuvres et qu'ils glorifient votre Père qui est dans les cieux." 
Tu vois comment il nous invite à faire briller la lumière qui est en nous, non par les vêtements mais par les oeuvres ? En effet, après avoir dit "que votre lumière brille", il a ajouté "afin que l'on voie vos bonnes oeuvres". 
La lumière dont il parle ne s'arrête pas aux sens corporels, elle éclaire les âmes et l'intelligence de ceux qui la regardent. Elle dissipe les ténèbres du mal et elle appelle ceux qui la reçoivent à briller de la lumière qui les habite et à imiter la vertu.

"Que votre lumière brille devant les hommes !" 
Le Christ a dit justement "devant les hommes". Que votre lumière soit si grande qu'elle n'éclaire pas seulement vous-même, qu'elle brille aussi devant les hommes qui ont besoin qu'elle les guide. De même donc que la lumière matérielle met en fuite les ténèbres et permet de marcher droit à ceux qui cheminent sur les routes matérielles, ainsi la lumière spirituelle qui provient d'une conduite parfaite éclaire ceux qui ont le regard de l'âme obscurci par l'erreur et qui ne savent pas voir exactement le chemin de la vertu. Elle dessille et purifie les yeux de leur intelligence, les remet en droit chemin et les fait marcher désormais dans la voie de la vertu.

"Afin qu'ils voient vos bonnes oeuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux."
Que votre vertu, dit le Christ, et l'exactitude dans la conduite, que la droiture des bonnes oeuvres excitent ceux qui vous voient à rendre gloire au Maître commun de tous. Que chacun de vous, par conséquent, je vous prie, s'efforce de vivre avec une telle exactitude qu'il entraîne ceux qui vous observent à bénir le Maître.

C'est pourquoi le bienheureux apôtre, imitateur du Christ et docteur de la conduite parfaite, qui parcourait le monde en faisant tout pour le salut des hommes, écrivait: "Si quelqu'un est dans le Christ, il est une nouvelle créature ; les choses anciennes sont passées, voici que toutes choses sont devenues nouvelles" (2 Cor 5,17), comme s'il nous exhortait ainsi: Tu as déposé le vieux vêtement et tu as reçu le nouveau, dont l'éclat rivalise avec les rayons même du soleil. Prends soin de conserver toujours en ce même éclat la beauté de ce vêtement.

CHRYSOSTOME (J.), Huit catéchèses baptismales, Sources chrétiennes, 50, Cerf, Paris, 1957, p. 191s.
Cité in: BOURGUET (D.), L'Evangile médité par les Pères: Matthieu, Olivétan, 2006, p. 31-32



Jean Chrysostome (344-407): 

Ιl nait à Antioche dans une famille chrétienne. 
Devenu diacre puis prêtre, il rédige de nombreux traité théologique. 
Réputé pour son éloquence, il reçoit ce nom de Chrysostome qui signifie "bouche d'or". 
Déposé et exilé par le pouvoir politique, il est l'un des saints les plus marquants de l'Eglise et il a laissé une oeuvre théologique considérable.
L'Eglise orthodoxe utilise encore aujourd'hui la liturgie attribuée à Jean Chrysostome. 
Il a été considérablement cité par les Pères qui l'ont précédé et a durablement marqué la théologie y compris de Luther et Calvin entre autres.


mardi 6 décembre 2016

"Mon esprit se réjouit en Dieu, mon Sauveur. Car il s'est penché sur son humble servante".

par Karl Barth

Vitrail du Magnificat (Taizé)


Deux femmes, une jeune et une vieille, deux créatures insignifiantes, inconnues, qui ignorent tout des problèmes de l'humanité, de l'existence et de l'essence du monde, de sa puissance et de ses démons ! Que vient faire ici la petite Marie, et que vient faire ici la vieille Elisabeth ? Qu'est-ce donc que le monde a de plus ? Rien, absolument rien, sinon qu'elles sont là, et que lorsque nous disons: rien n'a changé, cependant déjà, en secret, une création nouvelle est apparue.

Marie et Elisabeth sont inséparablement liées, non pas seulement parce qu'elles sont parentes, mais en vertu de l'unité de la promesse reçue, en vertu de la grâce qu'elles ont trouvée en Dieu. Elle se saluent l'une l'autre. Quelle incomparable salutation ! Celle de personnes humaines qui se reconnaissent parce qu'elles ont reçu la promesse de Dieu ! L'Eglise est là, là où deux personnes insignifiantes, deux simples femmes, sont liées étroitement, unies dans l'espérance qui, par la parole de Dieu, est entrée dans leur coeur. Car dans cette espérance, celui qu'elles espèrent est déjà présent.

Là où sont Marie et Elisabeth, là est le Sauveur, là est Dieu. Là aussi est Jean-Baptiste. Tout ceci est présent ; c'est déjà un événement, secret, il est vrai, mais réel dans la rencontre de ces deux femmes, de ces deux futures mères. Le Sauveur est là, et Jean le salut dès le sein de sa mère. Chaque mot d'Elisabeth est une parole qu'elle dit au Christ, au nom déjà de son fils Jean. Si Marie est bénie entre toutes les femmes, c'est qu'est béni le fruit de son corps. 

"Et Marie répondit: Mon âme magnifie le Seigneur et mon esprit se réjouit en Dieu mon Sauveur." Comme l'écrit Luther, c'est l'oeuvre de Dieu qu'une âme magnifie le Seigneur. C'est toujours un miracle, selon la Sainte Ecriture, que Dieu agrée un être humain et que celui-ci puisse dire: Mon âme magnifie le Seigneur ! Car, qu'est-ce que signifie magnifier le Seigneur ? 
Avons-nous besoin de le magnifier ? Lui, le Très-Haut, n'a pas besoin que nous l'exaltions. Cependant, la Sainte Ecriture nous dit qu'il en est bien ainsi, que ceci fait partie de l'abaissement de Dieu vers nous dans son amour, qu'il veut être rendu grand par nous, et que cette grâce nous est faite: il m'est donné de magnifier Dieu !

Davantage: c'est dans notre misérable vie humaine que Dieu veut être rendu grand; cela aussi est vrai, infiniment vrai, dans l'amour infini et l'abaissement infini de Dieu. Et si nous demandons ce que cela peut vouloir dire rendre Dieu grand dans notre vie, voici ce que nous répondra la Sainte Ecriture. Il s'agit de quelque chose d'absolument simple, sans éclat ; il s'agit de notre petite existence, de laisser simplement Dieu être le Seigneur. 
Et pourquoi donc ? Parce qu'il est Dieu ! Pour aucune autre raison.
Non pas parce que nous pourrions nous engager avec lui dans quelque entreprise intéressante, utile et grande ; non, simplement parce qu'il est Dieu, le Seigneur. Lui, Dieu lui-même, le laisser être le Seigneur, le laisser régner sur nos pensées, nos sentiments, notre conscience, savoir qu'il veut régner et le vouloir à notre tour, c'est magnifier Dieu. C'est ce consentement au règne de Dieu qui fait que le Seigneur est alors rendu grand.

"Mon esprit se réjouit". La joie est la chose la plus rare dans le monde, la plus extraordinaire. Nous trouvons dans le monde assez d'austérité, d'enthousiasme fanatique et de zèle sans humour. Mais de la joie ? C'est que la connaissance du Dieu vivant est rare. En Dieu, notre Sauveur, si nous l'avons trouvé ou s'il nous a trouvés, en lui est la joie, comme dit Marie.

"Il a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante". C'est très clair: Dieu est le Dieu des pauvres, le Dieu de ceux qui sont dans la détresse, de ceux qui y sont profondément, qui sont tout au fond de la détresse. Comment en serait-il autrement, puisqu'il est le Sauveur ? Mais précisément parce qu'il a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante, il se révèle comme le Dieu de grâce, comme celui qui est bon pour nous d'une bonté qui sait exactement ce que nous sommes et où nous en sommes, et qui cependant nous vient en aide. Ce Dieu nous est nécessaire ; il est vraiment Dieu ; il est celui qui jette le regarde sur la bassesse de sa servante, qui ne fait que jeter ce regard. 
Comme c'est beau ! Il suffit que Dieu jette sur nous son regarde, qu'il tourne les yeux vers nous !

Notre vocation, c'est d'être aux côtés de Marie. Car cette joie, cette élévation de l'âme peuvent être aussi, à chaque instant, notre joie. Nous n'avons qu'une chose à faire, comme Marie: laisser faire Dieu. "Qu'il me soit fait comme tu as dit."


BARTH Karl, Avent, Editions Roulet, Genève, 1948, p. 58s.
Extrait cité dans BOURGUET D., Evangile médité par les Pères: Matthieu, Olivétan, 2008, p. 17-19.